Iran et Coupe du Monde 2026 : Guerre, Politique et le Dilemme de la FIFA
Le ministre iranien des Sports l'a dit clairement le 11 mars : il ne voit « aucune possibilité » que l'équipe nationale participe à la Coupe du monde de cet été. Ce n'est pas une déclaration politique déguisée en sport — c'est un ministre qui regarde les frappes militaires américaines et israéliennes sur son pays et appelle les choses par leur nom.
Jamais dans l'histoire de la Coupe du monde une nation hôte n'a été en guerre avec l'un de ses participants. La FIFA n'a pas vraiment de plan d'action pour cela. Personne n'en a.
Trump, le prix de la paix et le tapis rouge qui a disparu
Le contexte est presque trop absurde pour être écrit sans faire de pause. En janvier, la FIFA a remis à Donald Trump son tout premier « Prix de la Paix de la FIFA ». Deux mois plus tard, les États-Unis et Israël menaient des opérations militaires contre l'Iran. Trump a ensuite rencontré le président de la FIFA Gianni Infantino et a assuré au monde que l'Iran serait « bienvenu pour concourir » — avant de publier sur Truth Social que, finalement, il ne pensait pas qu'il soit « approprié » que l'Iran soit présent, invoquant leur « vie et sécurité ».
Les joueurs iraniens ont répondu directement : aucun individu ne peut exclure un pays de la Coupe du monde, et les garanties de sécurité relèvent de la responsabilité de l'hôte. Ils ont raison sur les deux points. Que cela compte en pratique est une tout autre question.
La position de la Fédération iranienne de football est pragmatique, bien que quelque peu délicate : ils veulent jouer, mais pas sur le sol américain. L'Iran doit disputer trois matchs de phase de groupes en Californie et à Seattle. Le président de la FFIRI, Mehdi Taj, a clairement exposé sa position — « Nous boycotterons les États-Unis mais pas la Coupe du monde ». L'espoir est que la FIFA délocalise ces matchs au Canada ou au Mexique. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a signalé sa volonté. La FIFA a dit non.
Que se passe-t-il si l'Iran se retire
La FIFA envisage déjà des scénarios de contingence. Les options sur la table incluent le fait de laisser les places de l'Iran dans le groupe vacantes — donnant des victoires par forfait aux adversaires — ou de faire venir l'Irak ou les EAU en remplacement. L'Irak a manqué de peu la qualification par la voie asiatique et participe déjà à un barrage intercontinental. Les EAU ont perdu contre l'Irak sur cette voie, mais si l'Irak remporte son barrage, les Émirats pourraient obtenir une entrée par la porte dérobée. C'est beaucoup d'éléments mobiles pour un tournoi qui commence en juin.
L'histoire offre quelques indications, mais peu de réconfort. L'Inde, la Turquie, la France et l'Écosse se sont tous retirés de précédentes Coupes du monde pour diverses raisons, et la FIFA n'en a sanctionné aucun. L'Indonésie a refusé de jouer contre Israël lors des qualifications de 1994 — aucune sanction. La Yougoslavie a été bannie en raison du conflit balkanique. Les circonstances actuelles sont plus proches de la situation de la Yougoslavie que quiconque ne voudrait l'admettre, et pourtant la position officielle de la FIFA reste qu'elle est un organisme « politiquement neutre ».
- Si l'Iran se retire volontairement, la FIFA pourrait émettre une sanction financière ou les bannir de la Coupe du monde 2030
- La FIFA a également toute discrétion pour n'imposer aucune sanction, compte tenu des circonstances extraordinaires
- L'exclusion de la Russie des qualifications pour 2026 — justifiée par des « raisons opérationnelles » — crée un précédent selon lequel la neutralité de la FIFA a ses limites
Des matchs amicaux contre le Nigeria et le Costa Rica en Turquie sont toujours programmés, ce qui suggère que l'Iran n'a pas entièrement fermé la porte. Mais un ministre des Sports déclarant publiquement que la participation semble impossible a un poids que les matchs amicaux de pré-tournoi ne peuvent compenser.
La Coupe du monde 2026 était censée être la plus grande de l'histoire du football — 48 équipes, trois nations hôtes, des revenus records. En ce moment, elle sert de toile de fond à une crise géopolitique que le Prix de la Paix de la FIFA n'a manifestement pas résolue.